
Mis à jour le 21 juillet 2026.
Un Français qui s'installe au Royaume-Uni cesse d'être résident fiscal français dès lors qu'il satisfait au Statutory Residence Test britannique. Il reste redevable en France de l'impôt sur ses revenus de source française (immobilier, dividendes sous conditions) et de l'IFI sur ses biens immobiliers français. La convention fiscale France-Royaume-Uni de 2008 prévient la double imposition. Trois moments sont critiques : le départ (exit tax, déclarations), la gestion courante (AV, PEA, immobilier) et le retour (régime impatrié).
Environ 200 000 Français vivent au Royaume-Uni. Pour la plupart, le départ s'est préparé côté professionnel et logistique, mais rarement côté patrimonial. Qu'arrive-t-il à votre assurance-vie, à votre PEA, à votre immobilier locatif en France ? Êtes-vous encore redevable de l'IFI ? L'exit tax vous concerne-t-elle ? Et que faire avant de rentrer ?
Les situations fiscales étant toutes différentes, ce guide vous donne le cadre. Pour votre cas personnel, un rendez-vous avec un CGP spécialisé reste indispensable.
Vous devenez résident fiscal britannique en dépassant 183 jours de présence au Royaume-Uni sur une année fiscale (6 avril - 5 avril), ou en satisfaisant au Statutory Residence Test via les critères de sufficient ties. La convention France-Royaume-Uni arbitre les cas de double résidence via un tie-breaker.
Tant que vous répondez à l'un des critères de l'article 4 B du Code général des impôts, vous restez résident fiscal français. Ces critères sont alternatifs — un seul suffit :
La perte de résidence fiscale française n'est pas automatique au départ physique. Elle doit être formalisée et ne prend effet que lorsque vous rompez avec tous ces critères. Beaucoup de Français expatriés restent sans le savoir résidents fiscaux français pendant plusieurs mois après leur départ.
Le Royaume-Uni dispose depuis 2013 d'un test de résidence fiscale codifié, le Statutory Residence Test (SRT) publié par HMRC. Il repose sur trois niveaux de tests :
Si vous êtes considéré résident fiscal dans les deux pays simultanément, la convention fiscale France-Royaume-Uni de 2008 prévoit un ordre de priorité pour déterminer votre pays de résidence fiscal unique :
Réponse directe : la convention de 2008 attribue à chaque pays le droit d'imposer certains types de revenus et prévoit un crédit d'impôt ou une exonération pour éviter la double taxation. Elle ne supprime pas l'obligation déclarative dans les deux pays - elle évite que vous payiez l'impôt deux fois.
| Type de revenu | Imposition principale | Imposition secondaire possible | Mécanisme d'élimination |
|---|---|---|---|
| Salaires (travail au UK) | Royaume-Uni | France (si source FR) | Crédit d'impôt en France |
| Dividendes | Pays de résidence (UK) | France (retenue 12,8 %) | Crédit d'impôt UK |
| Revenus immobiliers (bien en FR) | France | UK possible | Crédit d'impôt UK |
| Plus-values immobilières (FR) | France (19 % + 7,5 % PS) | UK possible | Crédit d'impôt UK |
| Retraites publiques françaises | France | Non | Exonération UK |
| Retraites privées | Royaume-Uni | Non | Exonération France |
Pour bénéficier de la convention et éviter une retenue à la source excessive en France, vous aurez souvent besoin d'une attestation de résidence fiscale britannique. Elle est délivrée par HMRC (formulaire FRA1 ou via le portail HMRC en ligne) et permet de justifier votre statut auprès des administrations et institutions financières françaises.
Réponse directe : oui, vous pouvez conserver votre contrat d'assurance-vie français en devenant résident UK. C'est même fortement recommandé pour préserver l'antériorité fiscale. Mais la plupart des assureurs français bloquent les nouveaux versements depuis le Royaume-Uni pour raisons réglementaires. Les rachats restent possibles.
Oui. L'article L.132-4-1 du Code des assurances autorise le maintien d'un contrat d'assurance-vie souscrit en France par un non-résident. Clôturer votre contrat avant de partir serait une erreur coûteuse : vous perdriez des années d'antériorité fiscale accumulées, souvent 8 ans ou plus, qui ouvrent droit à l'abattement annuel sur les gains rachetés.
C'est ici que la situation se complique. La réglementation britannique impose aux assureurs étrangers qui acceptent des versements de résidents UK d'être autorisés à opérer sur le marché UK (FCA authorization). La grande majorité des assureurs français ne disposent pas de cette autorisation post-Brexit. En pratique, ils bloquent les nouveaux versements dès lors qu'ils ont connaissance de votre changement de résidence.
La solution : effectuer vos versements importants avant le départ, ou basculer vers une structure adaptée aux non-résidents.
Pour un résident fiscal britannique qui effectue un rachat sur un contrat français, deux niveaux de fiscalité s'appliquent potentiellement :
Un rachat sur une assurance-vie française est susceptible d'être considéré comme un gain imposable au Royaume-Uni (chargeable event gain). Le gain est calculé comme la différence entre la valeur de rachat et les primes versées. Le top-slicing relief permet de diviser ce gain par le nombre d'années de détention et d'appliquer le taux marginal au gain annualisé plutôt qu'au gain total, ce qui réduit sensiblement la charge fiscale pour les contrats détenus longtemps.
Pour les profils avec un patrimoine à partir de 125 000 €, l'assurance-vie luxembourgeoise offre une neutralité fiscale totale selon le pays de résidence et une portabilité internationale que le contrat français ne peut pas égaler.
Vous pouvez conserver votre PEA et votre PER en partant au Royaume-Uni, mais vous ne pouvez plus effectuer de nouveaux versements. Les gains continuent à capitaliser. Les retraits sont possibles et fiscalisés en France. Le compte-titres ordinaire bénéficie d'un régime spécifique pour les non-résidents.
Votre PEA est conservé en devenant résident UK. En revanche, tout nouveau versement est interdit dès lors que vous perdez la qualité de résident fiscal français. Les titres continuent de capitaliser à l'intérieur de l'enveloppe, et les dividendes et plus-values restent en franchise d'impôt français tant qu'ils ne font pas l'objet d'un retrait.
En cas de retrait partiel ou total après 5 ans de détention, les gains bénéficient de l'exonération d'impôt sur le revenu français. Seuls les prélèvements sociaux au taux applicable aux non-résidents restent dus. La retraite peut constituer un moment idéal pour effectuer ces rachats selon votre situation fiscale au UK au moment du retrait.
Le Plan d'Épargne Retraite reste détenu en votre nom pendant votre expatriation. Les versements sont gelés. Le déblocage reste conditionné aux cas habituels : retraite, acquisition de résidence principale (sous conditions), décès du conjoint, invalidité, liquidation judiciaire, fin de droits au chômage.
L'expatriation seule ne constitue pas un cas de déblocage anticipé du PER. Les sommes restent bloquées jusqu'à l'âge de la retraite ou l'un des cas légaux.
Les plus-values réalisées par un non-résident sur des titres de sociétés françaises sont en principe exonérées d'impôt en France, sous réserve de ne pas constituer une participation substantielle (moins de 25 % du capital de la société). Au-delà de ce seuil, la France conserve le droit d'imposer, selon les règles prévues par la convention.
Au Royaume-Uni, ces plus-values sont imposables en tant que capital gains, avec un abattement annuel et un taux spécifique selon votre tranche d'imposition.
Vos revenus fonciers français restent imposables en France, à un taux minimum de 20 %, même en tant que résident UK. Les prélèvements sociaux s'appliquent au taux de 17,5 % pour les résidents hors EEE. Pour une vente de bien supérieure à 150 000 €, un représentant fiscal accrédité est obligatoire depuis le Brexit.
Les revenus fonciers de source française restent imposables en France, quelle que soit votre résidence fiscale. Le taux minimum d'imposition est de 20 % sur le revenu net foncier (article 197 A du CGI), ou le taux effectif global si celui-ci est plus élevé.
Les prélèvements sociaux de 17,2 % s'appliquent aux résidents hors EEE, dont le Royaume-Uni depuis le Brexit. Les résidents d'un État de l'EEE bénéficient d'un taux réduit à 7,5 %, ce n'est plus le cas pour les résidents UK depuis le 1er janvier 2021.
Depuis le Brexit, le Royaume-Uni est traité comme un État tiers (non-EEE) pour les obligations de représentation fiscale. Pour toute vente d'un bien immobilier français dont la plus-value ou le prix excède 150 000 €, vous devez désigner un représentant fiscal accrédité en France. Ce représentant est solidairement responsable du paiement de l'impôt sur la plus-value.
Le régime LMNP (Loueur Meublé Non Professionnel) reste accessible aux non-résidents. Le régime réel et les amortissements restent applicables, ce qui permet de réduire significativement la base imposable des revenus locatifs. L'exercice de l'option pour le régime réel doit être maintenu ou activé avant le départ pour éviter une bascule au micro-BIC par défaut.
La plus-value réalisée sur la vente d'un bien immobilier français par un non-résident est imposée en France à 19 %, auxquels s'ajoutent 7,5 % de prélèvements sociaux (taux réduit post-Brexit non applicable, taux plein de 17,2 % si la détention est récente, avec abattements progressifs).
Les abattements pour durée de détention s'appliquent normalement : exonération totale d'IR après 22 ans, exonération totale des prélèvements sociaux après 30 ans. La résidence principale conserve son exonération de plus-value sous conditions.
Oui, mais uniquement sur vos biens immobiliers situés en France. Un résident fiscal britannique reste redevable de l'IFI dès lors que la valeur nette de son patrimoine immobilier français dépasse 1,3 million d'euros au 1er janvier. Les actifs financiers et les biens à l'étranger n'entrent pas dans l'assiette.
Contrairement à un résident fiscal français qui est imposé sur l'ensemble de son patrimoine immobilier mondial, un non-résident n'est imposé à l'IFI que sur ses biens immobiliers situés en France. Cela exclut l'immobilier détenu au Royaume-Uni ou ailleurs, ainsi que tous les actifs financiers (assurance-vie, PEA, titres, liquidités).
Le seuil d'imposition reste fixé à 1 300 000 € de patrimoine immobilier net en France au 1er janvier 2026, avec un barème progressif démarrant à 800 000 €. Pour les détails du calcul et les stratégies d'optimisation, consultez notre article dédié sur les 7 stratégies IFI 2026.
Les biens professionnels, les bois et forêts, et certaines SCPI logées dans une enveloppe d'assurance-vie peuvent bénéficier d'exonérations partielles. Investir en SCPI via une assurance-vie peut dans certains cas réduire l'assiette IFI du non-résident, à analyser selon la nature des actifs immobiliers détenus par les SCPI concernées.
L'exit tax s'applique aux contribuables qui transfèrent leur résidence fiscale hors de France en détenant plus de 800 000 € de titres ou une participation supérieure à 50 % dans une société. Un sursis de paiement s'applique automatiquement pour les transferts vers l'UE. Pour le Royaume-Uni, post-Brexit, le sursis nécessite une demande expresse avec garanties.
L'exit tax (article 167 bis du CGI) impose les plus-values latentes au moment du transfert de résidence fiscale hors de France. Elle s'applique si vous détenez :
Avant le Brexit, les transferts vers un État de l'UE ou de l'EEE bénéficiaient d'un sursis de paiement automatique, sans garanties requises. Depuis le 1er janvier 2021, le Royaume-Uni est traité comme un État tiers. Le sursis reste possible mais nécessite une demande expresse auprès de l'administration fiscale, assortie de garanties (caution bancaire, nantissement de titres).
En pratique, l'exit tax ne génère pas de décaissement immédiat si vous respectez les obligations déclaratives. L'imposition est due uniquement si vous cédez les titres dans les 2 ans suivant votre départ (5 ans si votre patrimoine en titres dépasse 2,57 M€, 15 ans dans certains cas).
Le déclenchement de l'exit tax implique des obligations déclaratives spécifiques, notamment le formulaire 2074-ETD (État récapitulatif des plus-values en report) à joindre à votre déclaration de revenus l'année du départ et les années suivantes tant que les titres sont détenus. L'oubli de cette déclaration annuelle peut entraîner la déchéance du sursis et l'exigibilité immédiate de l'impôt.
Le régime impatrié offre des exonérations fiscales significatives aux personnes recrutées par une entreprise française après au moins 5 années passées à l'étranger. Il exonère d'IR la prime d'impatriation (jusqu'à 30 % du salaire) et 50 % des revenus mobiliers étrangers, pendant 8 ans.
Le régime impatrié, défini par l'article 155 B du CGI, s'applique sous les conditions cumulatives suivantes :
| Avantage | Détail |
|---|---|
| Prime d'impatriation exonérée | Jusqu'à 30 % du salaire de référence exonéré d'IR, ou exonération des suppléments de rémunération liés à l'exercice en France |
| Revenus mobiliers étrangers | 50 % des revenus d'actifs situés hors de France exonérés d'IR (dividendes, intérêts, plus-values étrangères) |
| Durée d'application | 8 ans à compter de la prise de fonctions |
| Compatibilité IFI | Exonération IFI sur le patrimoine étranger pendant 5 ans |
Les 24 mois qui précèdent le retour sont critiques pour optimiser la situation patrimoniale. Plusieurs arbitrages doivent être envisagés avant de re-devenir résident fiscal français :
Le conseil d’Hilbert : Les 24 mois avant le retour en France sont souvent plus importants fiscalement que les premières semaines après l'arrivée. Je rencontre trop de clients qui me contactent une fois rentrés, alors que certaines optimisations ne sont plus accessibles. Anticipez : un rendez-vous 18 à 24 mois avant votre retour prévu change vraiment la donne.
Partir physiquement ne suffit pas. Pour ne plus être résident fiscal français, vous devez déposer une déclaration de revenus avec la case départ hors de France cochée (formulaire 2042, rubrique "Situations particulières"), notifier votre centre des finances publiques du changement de résidence, et vous assurer qu'aucun des critères de l'article 4 B CGI ne vous rattache encore à la France. À défaut, vous restez imposable en France sur vos revenus mondiaux, tout en étant imposé au Royaume-Uni.
Tout résident fiscal français détenant un compte bancaire à l'étranger doit le déclarer au fisc français via le formulaire 3916, conformément à l'article 1649 A du CGI. Pour les expatriés qui rentrent en France après avoir détenu des comptes UK non déclarés, la régularisation s'impose : l'amende est de 1 500 € par compte et par année non déclarée (portée à 10 000 € pour les pays non coopératifs).
Beaucoup d'expatriés qui rentrent en France vendent leurs actifs britanniques et rapatrient leurs liquidités dans les premiers mois. Cette précipitation peut faire perdre le bénéfice du régime impatrié sur les revenus mobiliers étrangers (exonération de 50 % pendant 8 ans) et créer des événements fiscaux au mauvais moment. Le timing des cessions et des rapatriements mérite une planification précise.
Depuis avril 2025, le régime du non-domicile britannique a été remplacé par le régime Foreign Income and Gains (FIG). Il permet aux nouveaux résidents UK de ne pas payer d'impôt britannique sur leurs revenus et gains étrangers pendant les 4 premières années de résidence. Ce régime doit être activé sur demande lors de la première déclaration fiscale britannique. Ne pas le réclamer revient à renoncer à un avantage potentiellement très significatif pour les profils patrimoniaux.
C'est l'erreur la plus méconnue et la plus coûteuse. L'Inheritance Tax (IHT) britannique frappe à 40 % la succession mondiale d'une personne considérée comme domiciled au Royaume-Uni. Après 4 ans de résidence, le risque d'être considéré deemed domiciled augmente significativement. Pour un Français avec un patrimoine important, cela signifie que l'ensemble de ses actifs mondiaux, y compris en France, pourraient être soumis à l'IHT à 40 % à son décès.
La planification successorale franco-britannique doit être anticipée bien avant d'atteindre ce seuil de 4 ans.
Préparation du départ : formaliser la perte de résidence fiscale française, évaluer l'exit tax, optimiser le timing des versements sur l'AV avant départ, activer le régime FIG dès l'arrivée.
Gestion courante depuis Londres : comprendre quelle fiscalité s'applique à chaque flux (revenus fonciers, dividendes, rachats AV), déclarer les comptes UK en France, surveiller le seuil IFI sur le patrimoine immobilier français.
Anticipation du retour : planifier les 24 mois avant le retour, bénéficier du régime impatrié (article 155 B), optimiser le timing des cessions et rapatriements, planifier la succession franco-britannique.
Chaque situation est différente. Prenez rendez-vous avec Hilbert Wealth Management pour un bilan patrimonial adapté à votre situation d'expatrié.



